L’étude géotechnique donne les hypothèses : nature des terrains, niveau du bon sol, présence d’eau. Sans elle, la fondation repose sur une supposition.
Longrines (poutres de fondation)
Longrines (poutres de fondation) : faire découler la solution du sol, des charges, de l'eau et du calcul de structure.
La longrine n’est pas une fondation, c’est ce qui relie les fondations entre elles. Elle répartit les charges et solidarise l’ouvrage — un rôle décisif en terrain hétérogène ou en zone sismique. La confondre avec une semelle conduit à sous-dimensionner sans le savoir.
Comprendre sans jargon
Une longrine est une poutre en béton armé placée en fondation. Elle relie des appuis entre eux, ou porte un mur d’un appui à l’autre, au lieu de reposer sur toute sa longueur. Son intérêt apparaît quand le bon sol est en profondeur, quand le terrain est hétérogène, ou quand le bâtiment doit être décollé du sol.
La géométrie, les armatures, le béton, les appuis et les dispositions contre l’eau ne se déduisent jamais du nom de la fondation. Ils se coordonnent entre l’étude géotechnique, les plans de structure et ce qui est réellement rencontré à l’ouverture des fouilles. C’est ce dernier point qui surprend le plus souvent : le sol constaté peut différer du sol prévu.
Qui intervient ? Le géotechnicien fournit les données du sol et ses hypothèses. L’ingénieur structure ou le constructeur, selon le contrat, dimensionne la longrine et ses appuis et engage sa responsabilité sur ce calcul. L’entreprise de gros œuvre exécute et signale tout écart entre le fond de fouille attendu et celui qu’elle découvre. Vous, vous vous assurez que ces trois maillons se sont bien parlé, par écrit.
Le résultat à obtenir
Les plans fixent la fonction de chaque longrine, ses appuis, ses sections, ses niveaux, ses armatures, ses ancrages, ses attentes, ses réservations, le béton et son enrobage, ainsi que les interfaces avec les murs, le dallage et les réseaux — avec une validation formelle avant coulage.
Trois maillons, trois responsabilités
La note de structure traduit ces hypothèses en sections, armatures et appuis. Elle est signée : c’est elle qui engage son auteur, pas le devis.
Le fond de fouille réel est comparé au sol attendu avant coulage. Tout écart doit être signalé et validé par écrit, jamais absorbé sur place.
Les questions à poser — et la réponse à attendre
- « Comment la solution de longrines découle-t-elle du sol, des charges et de l’eau ? » Attendez un raisonnement, pas un mot : quel niveau de bon sol, quelles charges, quelle présence d’eau ont conduit à ce choix plutôt qu’à des semelles filantes. Si la réponse est « c’est ce qu’on fait toujours ici », rien n’a été vérifié pour votre terrain.
- « Quelle étude de sol et quelle note de calcul justifient la solution ? » La réponse cite l’étude géotechnique utilisée, sa mission, et la note de structure avec son auteur. Un devis qui chiffre des longrines sans référence à ces deux documents chiffre une hypothèse.
- « Qui valide le fond de fouille avant coulage, et que se passe-t-il si le sol n’est pas celui prévu ? » Attendez un nom, un moment et une procédure écrite d’arrêt en cas d’écart. C’est le point où un chantier dérape en silence : on coule pour ne pas perdre une journée.
- « Quels niveaux et quel traitement de l’eau sont prévus autour des fondations ? » La réponse doit montrer les niveaux sur un plan et dire où part l’eau. Une fondation correctement calculée peut être ruinée par une eau qu’on n’a pas évacuée.
- « Que devient l’ouvrage entre le coulage et le recouvrement ? » Faites préciser les contrôles, les photos et les délais avant remblaiement : après, plus rien ne se vérifie sans démolir.
Le fond de fouille se regarde avant de couler, pas après. Si le sol découvert ne ressemble pas à celui de l’étude, on arrête et on fait valider par écrit — une demi-journée perdue vaut mieux qu’une fondation à reprendre.
Points de vigilance
- La solution est choisie avant la lecture de l’étude de sol.
- Les niveaux ou les évacuations d’eau ne figurent sur aucun plan.
- Le bétonnage est prévu sans contrôle préalable de l’assise et des armatures.
- Un écart entre le sol attendu et le sol rencontré est absorbé oralement.
- Le remblaiement intervient avant que les photos et les contrôles soient faits.
À conserver dans votre dossier
- Le rapport de sol et les hypothèses utiles au sujet.
- Les plans de terrassement et de fondations avec les niveaux.
- La note de calcul ou la justification de conception, avec son auteur.
- Les photos des fonds de fouille, des armatures et des ouvrages avant recouvrement.
- Les validations écrites de tout écart constaté en cours d’exécution.
Passer à l'action
Cette fiche explique. Pour cocher vos contrôles, les enregistrer et les retrouver, l'outil correspondant les reprend et les range dans votre projet.
Mes fondationsEn contrat de construction de maison individuelle
Le constructeur porte la conception des fondations et leur exécution. Vous n’avez pas à dimensionner la longrine, mais vous devez pouvoir retrouver l’étude de sol utilisée, la note qui en découle, et la trace écrite des adaptations décidées en cours de chantier.
Ce que le CCMI couvre →Terrain en pente, remblayé ou hétérogène
Ce sont les situations où la longrine est le plus souvent proposée — et celles où l’étude de sol compte le plus. Faites préciser la mission commandée : une étude préalable renseigne le terrain, une étude de conception dimensionne votre projet.
Quelle mission d’étude de sol ? →Extension ou reprise sur un bâtiment existant
Relier une extension à l’existant fait travailler deux ouvrages qui n’ont ni le même âge ni le même comportement. Faites traiter explicitement la liaison, le tassement différentiel possible et le joint éventuel entre les deux parties.
Passer les cinq contrôles →Selon votre territoire
En zone de sismicité forte — la Guadeloupe et la Martinique sont en zone 5, Mayotte en zone 3 —, les longrines participent au chaînage général de l’ouvrage et leur justification relève de la réglementation parasismique. En atmosphère saline ou très humide, l’enrobage des armatures devient un point de contrôle à part entière.
Zonage et voie de justification →Les contrôles à emporter dans votre projet
Ajoutez ces contrôles avant le coulage des longrines et de leurs appuis.
- Relier la solution de longrines à l’étude du sol, aux charges et au calcul de structure.Preuve attendue : rapport géotechnique et note de calcul justifiant fonctionnement et appuis.
- Vérifier sur les plans fonction, appuis, sections et niveaux de chaque longrine.Preuve attendue : plan de fondations daté et version validée présente sur le chantier.
- Contrôler armatures, ancrages, attentes, enrobage et liaisons avant coulage.Preuve attendue : plan de ferraillage et photos datées avant bétonnage.
- Coordonner réservations, réseaux et traitement de l’eau avec les longrines.Preuve attendue : plans d’interface et constat des dispositions exécutées avant fermeture.
- Faire valider assise, niveaux et armatures avant de commander le bétonnage.Preuve attendue : compte rendu de contrôle, réponse aux écarts et bon de livraison du béton.
Ces contrôles restent sur cet appareil. Enregistrés, ils rejoignent votre projet et vous les retrouverez cochables, avec la preuve attendue en regard.
Sources et limites de la fiche
Références contrôlées le 10/08/2026 ; mise au gabarit et déclinaison territoriale du 15/08/2026.
- Légifrance — arrêté du 22 octobre 2010 relatif aux règles de construction parasismique Niveau 1 — texte publié au Journal officiel, version consolidée — contrôlé le 20/08/2026 Fonde la voie de justification parasismique. Le zonage lui-même relève du décret n° 2010-1255 du 22 octobre 2010 : la Guadeloupe et la Martinique sont en zone 5, Mayotte en zone 3.
- AFNOR — NF DTU 21 P1-1 — exécution des ouvrages en béton Niveau 3 — norme d’application volontaire — édition de juin 2017 — contrôlée le 10/08/2026 Référence d’exécution dans son domaine ; la géométrie et les armatures restent celles des plans et calculs du projet.
Le dimensionnement d’une longrine appartient à la note de calcul de votre projet : aucune fiche ne peut s’y substituer, et aucune section ne se déduit du seul type de fondation.
Information pédagogique. Cette fiche ne remplace ni les textes applicables au projet, ni une étude, ni l’instruction de l’autorité compétente, ni le conseil d’un professionnel responsable.